La boîte à idées - Le blog de Jean Chambard

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L'atelier du bricoleur


Comment bien aiguiser ses couteaux (avec une pierre)

 

Paris, le 11 juillet 2021

 

Je vous ai parlé dans un précédent article des différents outils permettant d'aiguiser ses couteaux. Des plus rustiques comme l'aiguiseur manuel au plus perfectionné comme la meule Tormek T-4, en passant par des systèmes guidés comme le Wicked Edge et le Horl-1993. Mais pas de la façon de les utiliser au mieux. Surtout qu'utiliser des pierres à aiguiser demande un peu de méthode et de pratique. Cet article vient donc vous donner les clés pour bien aiguiser un couteau.

 

Vous me direz que l'approche n'est pas très rationnelle : il vaut mieux d'abord comprendre comment on doit aiguiser un couteau avant de choisir l'outil le plus adapté. Mais d'un point de vue pratique, je vous assure que l'apprentissage est bien plus rapide quand on commence par se pencher sur les outils et l'expérimentation avant la théorie.

 

Mais maîtriser la théorie demeure indispensable et c'est pourquoi j'ai écrit ce petit billet.


SOMMAIRE

 

1 - Aiguiser en respectant l'émouture du couteau

2 - Aiguiser en respectant l'angle d'aiguisage

3 - Aiguiser en à angle constant

4 - Choisir le bon grain

5 - Savoir quand s'arrêter/changer de pierre

6 - Eliminer le morfil

7 - Entretenir régulièrement le tranchant

 

 

1 - Aiguiser en respectant l'émouture

De manière simplifiée, la lame d'un couteau est composée de 3 parties :

  • Le dos : c'est le côté de la lame qui ne coupe pas
  • L'émouture : c'est la partie de la lame qui a été affinée par le coutelier. C'est aussi la façon dont la lame a été amincie.
  • Le tranchant : c'est la partie qui coupe réellement et qu'il faut régulièrement aiguiser/affûter.

 

Vous trouverez ci-dessous une illustration des différentes parties d'un couteau et des petits noms qu'on aime leur donner.

 

 

La première chose à faire quand vous cherchez à aiguiser un couteau est de respecter son émouture. Car il existe tout un tas d'émoutures différentes, correspondant à des cas d'usages tout aussi variés. Le tableau ci-dessous vous présente les principales (sans être exhaustif) émoutures.

 

Emouture ciseau ou asymétrique
(Chisel Grind)
Emoutures plate et plate intégrale (Partial & Full Flat Grind) Emouture scandinave
(Scandi Grind)
Emouture creuse et creuse intégrale (Hollow Grind) Emouture convexe et convexe intégrale (Convex Grind)

 

Les émoutures ciseau

Nous connaissons tous ce genre d'émoutures : ce sont celles que l'on retrouve sur les ciseaux de couture et les ciseaux à bois. Elles sont moins courantes sur les couteaux de cuisine. On les trouve surtout chez les japonais, comme le couteau reproduit-ci-dessous et que l'on voit des 2 côtés.

 

 

Ces couteaux sont surtout faits pour découper les sushis. Leur forme plate leur permet de découper des tranches fines de poissons. Comme l'émouture est asymétrique, il est nécessaire d'acheter la version droitier ou gaucher du couteau, sachant que le côté plat se pose justement sur la planche.

 

L'aiguisage d'une émouture ciseau se fait en posant à plat sur la pierre à aiguiser le côté biseauté. Le biseau entier doit frotter sur la pierre, ne prenez pas d'angle. Puis retourner le couteau, et faites de même avec le côté plat. Eliminez enfin le morfil côté biseau en prenant cette fois légèrement de l'angle. Répétez l'opération avec des grains de plus en plus fins. Je vous en parle plus précisément dans la partie dédiée à ce sujet.

 

 

 

Les émoutures plates (ou en V)

L’émouture plate est considérée comme étant l’émouture la plus polyvalente : sa géométrie en V s’adapte à tous types de tâches allant de la préparation de la nourriture à la taille ou à la coupe de bois. C'est donc sans surprise que l’émouture plate est la plus répandue chez les couteaux.

 

La lame est affinée linéairement depuis le tranchant jusqu’à une hauteur variable, pouvant aller jusqu’au dos de la lame. On parle dans ce dernier cas d'émouture plate intégrale. Lorsque celle-ci se termine sur le corps de la lame, elle est qualifiée d’émouture plate partielle.

 

De par l’angle aigu ainsi formé, le tranchant a besoin d’un biseau secondaire pour pouvoir conserver ses qualités de coupes, sans quoi il se dégraderait rapidement. On peut aisément apercevoir le biseau secondaire sur l'agrandissement que je vous ai fait d'un couteau de cuisine avec émouture plate intégrale ci-dessous.

 

 

C'est là que les choses se compliquent : l'angle secondaire n'est pas toujours le même et varie selon l'origine du couteau. Il faut donc s'adapter et trouver le bon angle. Je vous en parle dans le paragraphe suivant.

 

Les émoutures scandinaves

L’émouture scandinave est très similaire à l'émouture plate que l'on vient de voir, mais elle ne possède généralement pas de biseau secondaire sur le tranchant. L'émouture scandinave est plus basse et crée un angle plus ouvert que l'émouture en V, ce qui permet au coutelier de créer directement l'angle du tranchant.

 

 

L'émouture scandinave est surtout faite pour tailler le bois. Son angle de tranchant n'est pas assez fin pour trancher la nourriture et sa lame est trop épaisse.

 

L'aiguisage d'une émouture scandinave est techniquement plus facile qu'une émouture plate : pas besoin de chercher l'angle secondaire du tranchant, il n'y en a qu'un et sa surface est suffisamment grande pour servir à guider le couteau lors de l'aiguisage. "FandeCouteaux" vous explique tout cela en détail et de manière très pédagogique dans la vidéo suivante.

 

 

 

 

Les émoutures creuses

L'émouture creuse, vous connaissez forcément si vous avez plus de 50 ans. C'est en effet celle que l'on retrouve sur les fameux coupe-choux de nos grands-parents !

 

 

L'émouture creuse permet d'affiner la lame du couteau et d'obtenir un tranchant rasoir... adjectif issu justement des rasoirs à émouture creuse. Autre avantage : on peut l'aiguiser plus souvent (et donc enlever de la matière) sans que la lame ne s'épaississe (puisqu'elle est creuse). Mais elle est aussi beaucoup plus fragile qu'une émouture classique en V ou qu'une émouture scandinave. N'essayez pas de tailler du bois avec un coupe-choux, vous ne feriez que casser la lame. On la réserve donc à des travaux "chirurgicaux".

 

L'émouture creuse a aussi un autre avantage, un peu plus théorique celui-là. Il permet à la lame de moins coller à la nourriture. C'est pour cela qu'on nos fameux couteaux à jambon ou certains Santoku sont alvéolés, comme ici le Santoku de Global.

 

L'émouture creuse s'aiguise de la même manière qu'une émouture en V. Je vous renvoie donc au paragraphe suivant pour les différents détails.

 

 

Les émoutures convexes

 

Vous connaissez forcément cette émouture. C’est celle que l’on retrouve sur la plupart des haches et hachettes, et également sur certains couteaux de camp. La photo ci-dessous vous montre un couteau à émouture convexe à gauche et par contraste un couteau à émouture scandinave à droite. Les deux couteaux ont un point commun : ils n'ont pas de biseau secondaire en forme de V.

 

 

De par sa forme bombée, c'est l'émouture qui conserve le plus longtemps son tranchant. Mais son aiguisage demande un peu plus d'attention que la classique émouture plate. Il faut en effet aiguiser le fil du tranchant en suivant l'arrondi du couteau. Alors, soit vous disposez d'une machine à bande comme la Work Sharp Ken Onion avec son option backstand, ce qui vous permet de travailler l'arrondi facilement, soit vous faites comme "FandeCouteaux" dans la vidéo ci-après, à la main, en faisant légèrement tourner le couteau avec le poignet. Le seul hic est que vous allez rayer votre lame.

 

 

 

 

Maintenant que vous savez tout des principales émoutures, passons aux choses sérieuses. Nous allons voir, étape par étape, comment aiguiser vos couteaux sur une pierre à aiguiser.


SOMMAIRE

 

1 - Aiguiser en respectant l'émouture du couteau

2 - Aiguiser en respectant l'angle d'aiguisage

3 - Aiguiser en à angle constant

4 - Choisir le bon grain

5 - Savoir quand s'arrêter/changer de pierre

6 - Eliminer le morfil

7 - Entretenir régulièrement le tranchant

 

 

2 - Aiguiser selon le bon angle

Je mets de côté les émoutures ciseaux, scandinaves et convexes, assez rares en cuisine pour me concentrer sur les émoutures plates et creuses. Vous savez maintenant que ce type d'émoutures possèdent 2 angles différents. Ce qui nous intéresse, c'est l'angle du tranchant. Et cet angle varie selon la nature du couteau et son usage. La règle d'or du tranchant étant :


Plus l'angle du tranchant est aigu, plus la lame sera tranchante mais plus elle aura tendance à s'émousser voire se casser rapidement. Plus l'angle est ouvert et moins la lame sera tranchante, mais elle sera plus solide et conservera son tranchant plus longtemps.


On parle souvent d'angle pour le tranchant ou angle d'aiguisage qui correspond à la moitié de l'angle du tranchant (puisqu'on a deux côtés symétriques).

 

Tranchant japonais

Tranchant occidental

 

Les couteaux de chasse ont communément un angle d'aiguisage de 25 degrés. Pour les couteaux de poche, l'angle d'aiguisage va de 15 à 25 degrés, comme pour les Opinels par exemple. Pour les couteaux de cuisine, la moyenne se situe plutôt entre 10 et 22 degrés. Les couteaux japonais, utilisés pour trancher finement, ont des angles de 10 à 15° tandis que les couteaux occidentaux, plus habitués à taper un peu dans l'os, ont des angles allant de 18 à 22°.

 

 

 

La plupart des fabricants de couteaux aiguisent à la main sur une aiguiseur à bande abrasive. Une variation entre 10 et 15 degrés pour les couteaux japonais et 18 et 22 degrés pour les couteaux occidentaux est donc possible. Certains fabricants, comme Wüsthof ou Victorinox, utilisent des systèmes laser ou des machines à aiguiser automatiques reproduisant exactement le même angle pour tous les couteaux.

 

Ceci étant dit, comment sait-on si son couteau possède un angle d'aiguisage de 15 ou 20 degrés, qui sont les angles les plus courants ? La méthode la plus simple est d'utiliser la méthode du marqueur. Il suffit de marquer le tranchant de son couteau avec un feutre de couleur, d'adopter un angle d'aiguisage que l'on pense correct et de commencer à affûter votre couteau.

 

 

 

Si votre angle d'aiguisage est trop aigu (figure de gauche), vous n'effacerez que la partie supérieure de la marque. Si au contraire votre angle n'est pas assez aigu (figure du milieu), alors vous n'effacerez que la marque sur le fil. Si vous adoptez le bon angle (figure de droite), alors vous aiguiserez tout le tranchant et la marque va disparaitre dans son entier. C'est aussi bête que cela et cela marche à tous les coups.

 

3 - Aiguiser à angle constant

Aiguiser selon l'angle donné par le coutelier est important, mais ce n'est pas aussi important que de conserver le même angle d'aiguisage. Avec un angle constant, quel qu'il soit, vous arriverez toujours à reconstituer un tranchant en V. Vous mettrez simplement plus de temps si vous partez avec un mauvais angle.

 

Mais garder un angle constant pendant plusieurs dizaines de minutes, ce n'est pas facile pour nous, êtres humains. Surtout qu'un couteau de cuisine n'est jamais droit. Il se finit toujours par une pointe plus ou moins fine, selon le type de couteau.

 

La meilleure méthode que je connaisse est celle proposée par FandeCouteaux sur sa chaîne YouTube, que je vous présente ci-dessous.

 

 

 

Notez bien quelques précieux conseils :

 

  • Pour affuter la pointe, il faut lever un peu le coude pour ouvrir l'angle puis opérer une petite rotation du couteau pour le reste du tranchant.
  • Il n'y a pas de sens pour aiguiser un couteau : ce n'est pas une râpe à fromage. Vous pouvez pousser ou tirer vers vous ou faire des allers-retours. On attaque généralement par la pointe, en poussant contre le fil, et en tournant doucement pour faire la partie droite du fil, cette fois-ci sans rotation. Puis on alterne les 2 côtés pour de simple raisons de symétrie. L'un des côtés vous paraitra probablement plus naturel que l'autre, c'est normal. On finit en fuyant le fil (en tirant dans le sens dos-fil.
  • Pas besoin d'appuyer, le poids des mains suffit. Si vous appuyez trop, vous risquer d'entamer votre pierre.
  • Il faut veiller à rester symétrique ; sinon, le tranchant sera de plus en plus difficile à aiguiser. Il faut donc veiller à travailler de manière identique dans un sens et dans l'autre, soit en minutant son aiguisage, soit en comptant le nombre d'allers-retours.
  • Selon l’état de la lame et sa dureté, le grain de la pierre, le nombre de passages peut varier d’une dizaine à une trentaine de minutes. Il faut s'arrêter lorsque le morfil apparaît (j'en parle plus loin). Contrôler régulièrement votre tranchant.

 


Aiguiser un couteau, c'est donc d'abord une histoire d'angles et de gestes. Mais il y a aussi un petit grain dans cette histoire. Il vous faut aussi savoir choisir le bon grain de la pierre sur laquelle vous allez aiguiser votre couteau. C'est une mesure de son effet abrasif. Plus le grain est gros et plus l'effet sera important. Plus le grain est fin, plus l'effet sera réduit à un simple polissage.

 

 

SOMMAIRE

 

1 - Aiguiser en respectant l'émouture du couteau

2 - Aiguiser en respectant l'angle d'aiguisage

3 - Aiguiser en à angle constant

4 - Choisir le bon grain

5 - Savoir quand s'arrêter/changer de pierre

6 - Eliminer le morfil

7 - Entretenir régulièrement le tranchant

 

 

4 - Choisir le bon grain

Avant de parler chiffres, parlons standard. Car un même chiffre, utilisé dans un standard japonais n'aura pas la même signification que dans un standard américain ou européen. Et oui, c'est comme pour la télévision ou la 4G, on n'a jamais réussi à se mettre d'accord en américains, européens et japonais.

 

Deux mesures sont officiellement reconnues pour mesurer la granulométrie. : les normes européenne FEPA (Federation of European Producers of Abrasives) et japonaise JIS (Japanese Industrial Standards). Dans le standard FEPA, on distingue les mesures FEPA-P et FEPA-F. La mesure P concerne la granulométrie du papier de verre, que vous connaissez certainement si vous avez déjà poncer un meuble ou un mur. La mesure F concerne la granulométrie des pierres à aiguiser, c’est celle qui nous intéresse.

 

Les américains quant à eux se basent sur la taille du grain abrasif, exprimée en microns (un millième de millimètre). C'est une mesure plus objective que celle des standards japonais ou européens puisqu'elle se base sur donnée mesurable.

 

Comme de nombreuses pierres à aiguiser proviennent du Japon, le JIS est une mesure très couramment utiliser pour déterminer le grain des pierres à eau. A titre d'exemple, un grain japonais moyen sera donc affiché comme J1000, alors que son équivalent européen s'affichera en F550 et que l'américain parlera de 12 µ (microns).

 

Le tableau suivant vous donne les correspondances entre standards, sur les grains les plus répandus. Je pars du grain le plus gros au grain le plus fin. Et j'utiliserai par la suite le standard le plus communément utilisé, soit le japonais JIS.

 

FEPA-F JIS Micron
120 120 110
220 240 60
280 320 40
320 400 30
500 800 20
550 1.000 12
600 1.200 10
800 2.000 6
1.000 3000
4,5
1.200 4.000 3
1.500 6.000 2
2.000 8.000 1.2
4.000 16.000 0.7
7.500 20.000 0.5

 

Quand on aiguise son couteau, on part naturellement du grain le plus gros au grain le plus fin. C'est comme quand on ponce un meuble. Il faut d'abord enlever beaucoup de matière avant de finir par polir. FandeCouteaux a tendance à partir d'un grain J800 dans ses vidéos, mais il a d'abord massacré la lame de son couteau. Moi je n'ai pas les moyens d'acheter tous les grains possibles (plus c'est fin et plus c'est cher). Et j'entretiens mes couteaux régulièrement. Alors je pars d'un grain J1000, ce qui n'est pas un détail car il correspond à un grain presque 2 fois plus petit (on passe de 20 à 12 microns), car c'est le grain le plus polyvalent (il s'adapte à la plupart des aciers "durs" - voir le tableau ci-dessous). Puis je passe à un grain 3.000 avant de polir au 8.000 pour mes plus beaux couteaux (qui sont aussi les plus fragiles).

 

Nb : je vous ai présenté l'aiguiseur Horl 2 dans les outils pour aiguiser, que j'utilise pour bien refaire l'angle du tranchant (je suis encre perfectible sur ce point). Le disque d'aiguisage diamanté est d'une granulométrie J400, ce qui est plus qu'abrasif. Le disque en céramique pour démorfiler et polir le tranchant est d'une granulométrie J1000. Et vous pouvez acheter des disques en J3000 et J6000 pour aller plus loin.

 

 

Le tableau suivant vous donne les ordres de grandeurs des grains à utiliser :

 

Etat du couteau / Dureté de l'acier Grain recommandé
Couteau ébréché : le tranchant est abimé et on voit les irrégularités à l'œil nu Grain J100 à J220
Couteau émoussé : le couteau ne coupe plus même si on ne distingue pas d'irrégularité à l'œil nu Grain J200 à J800 en fonction de la dureté de l'acier

Couteau tranchant nécessitant un entretien régulier

  • Acier "mou" : HRC ~53 (qualité correcte)
  • Acier "dur" : 53 < HRC < 56 (le plus classique)
  • Acier "dur" : 56 < HRC < 60 (qualité pro)
  • Acier "très dur" : 60 < HRC < 62 (japonais type VG10)
  • Acier "très dur" : 63 < HRC < 66 (fragiles)

 

  • Grain J400 à J800
  • Grain J800 à J1000
  • Grain J1000 à J3000
  • Grain J3000 à J8000
  • Grain J8000 à J12000

 

 

Pour entretenir votre couteau (je suppose qu'il n'est pas complètement émoussé), il faut donc commencer par un grain 400 quand vous êtes sur un couteau lambda, puis aller vers un grain plus fin comme le 800 puis 1 200, par 800 ou 1000 quand vous affûtez un couteau de bonne qualité, par 1000 quand vous travaillez sur un couteau de professionnel pour aller vers des grains plus fin en 3000/6000, tandis que vous travaillerez avec un grain allant de 3000 à 8000 quand vous êtes sur un couteau japonais.

 

 

5 - Savoir quand s'arrêter / changer de grain

Pour résumer, quand on aiguise son couteau, on commence par faire tremper ses pierres (15 à 30 mn), on attaque par le grain le plus gros, on adopte le bon angle (15 ou 20° en général) et on essaye de le garder le plus constant possible (à la main sans système de guidage c'est le plus difficile). On fait aller et venir le tranchant sur la pierre sans appuyer. D'un côté puis de l'autre.

 

Mais quand sait-on qu'on doit s'arrêter et passer du premier côté à l'autre ? Ou à un grain plus fin une fois les 2 côtés du tranchant affuté ?

 

La réponse est simple : quand on obtient du morfil. C'est ce petit excédent de métal qui subsiste sur le tranchant d'un outil que l'on vient d'affûter. Généralement, il est presque imperceptible. Je vous montre néanmoins ci-dessous le morfil d'un très grand couteau récemment forgé et qui est affuté pour la première fois. On distingue très nettement les aspérités ou barbes métalliques extérieures au véritable tranchant de la lame.

 

 

Sur vos couteaux, on ne distinguera pas vraiment le morfil mais on peut le sentir en passant le doigt sur le côté opposé du tranchant qu'on vient d'aiguiser (se reporter à la vidéo de FandeCouteaux plus haut).

 

Quand on obtient un peu de morfil, c'est signe que le tranchant a été restauré, du moins sur le côté qu'on affûtait. Il faut donc arrêter l'affutage sur ce côté du tranchant, éliminer le morfil et attaquer l'autre côté (ou s'il a été fait, passer au grain plus fin).

 

Quand votre couteau a besoin d'être affuté, c'est parce que son tranchant s'est arrondi. Pour restaurer son fil en V, il va falloir retirer un peu de matière, comme le montre la figure de gauche. Idéalement il vous faut vous arrêter quand vous avez atteint l'apex, c'est à dire le sommet du tranchant. Soit la figure du milieu. Sauf que rien n'indique ce fameux apex. Et quand vous dépassez légèrement ce dernier, vous repoussez un peu de matière de l'autre côté du tranchant. C'est le fameux morfil qui apparaît comme sur la figure de droite.

 

Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez regarder la vidéo de Dean, qui montre le morfil au microscope et c'est très impressionnant mais aussi très instructif. La vidéo est en anglais mais vous pouvez activer les sous-titres. Allez directement à la 8ème minute. NB : le morfil en anglais se dit "burr", donc vous entendrez ce mot souvent dans cette vidéo.

 

 

 

6 - Eliminer le morfil

Pour éliminer le morfil, il suffit de travailler de la même manière son tranchant sur la pierre, en mettant juste un peu moins de pression, juste pour éliminer le morfil.

 

On passe ensuite à un grain plus fin de pierre, fonction de la dureté de son acier. Et on peut finir la lame sur le cuir pour éliminer encore une fois le fameux morfil. Comme vous l'apprend FandeCouteaux dans ce tutoriel bien fait.

 

 

 

 

7 - Entretenir régulièrement le tranchant

Plus le tranchant s'abime, plus il devient difficile à aiguiser. C'est un peu comme le gazon de votre jardin (si vous en avez un) ; si vous laissez l'herbe monter trop haut, votre tondeuse ne passe plus et il faut utiliser la débrousailleuse.  Pour un couteau, c'est pareil. Il vaut mieux redresser le fil de son couteau régulièrement que d'attendre que votre couteau ne coupe plus du tout pour l'aiguiser.

 

La notion de "régulier" est évidemment toute relative. Pour un boucher ou un chef cuisinier, ce sera tous les jours. Leur utilisation est en effet intensive. Pour un amateur qui n'utilise ses couteaux qu'occasionnellement, ce sera tous les 2 à 3 mois. Pour quelqu'un qui aime cuisiner et qui utilise ses couteaux régulièrement, ce sera plutôt toutes les semaines ou tous les mois.

 

Voilà qui conclut cet article fleuve qui réunit à peu près tous les conseils permettant de démarrer dans l'aiguisage des couteaux. J'espère qu'il vous sera utile.

 

 

 

 

 

 


11/07/2021
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Les différents outils pour aiguiser ses couteaux

 

 

Paris, le 26 juin 2021

 

Mama Mia ! Cela fait plus de 6 mois que je n'ai rien écrit sur mon blog. J'étais comme qui dirait en panne sèche. Sans doute à cause de la pandémie de la COVID-19. Rester enfermer chez soi n'aide ni à trouver l'inspiration ni à expérimenter de nouvelles choses.

 

J'ai néanmoins profité de ce temps long à domicile, entre 2 tailles de haies et 3 coups de pinceau, pour peaufiner ma technique d'aiguisage de couteaux. J'avoue que je n'étais pas très bon au début, en 2020, mais avec de la pratique, je m'améliore.

 

Et la pratique commence par la maîtrise de son outil.  Voici donc comment choisir les bons aiguiseurs à couteaux, en fonction de vos moyens, de vos couteaux et de vos ambitions.


SOMMAIRE

1 - Les aiguiseurs manuels

2 - Les aiguiseurs électriques

3 - Les fusils d'aiguisage

4 - Les aiguiseurs guidés

5 - Les pierres à aiguiser

6 - Les meules d'aiguisage et autres machines

 

1 - Les aiguiseurs manuels

Les aiguiseurs manuels sont de petits appareils relativement simples et rustiques, plutôt destinés à aiguiser les couteaux de cuisine de tous les jours que les couteaux en acier damas.

 

La plupart des aiguiseurs sont équipés de plusieurs fentes (comme le Mennyo ci-contre qui dispose de 3 fentes plus une fente pour les ciseaux), correspondant à différentes granulométries. Il faut d'abord glisser le couteau dans la fente à granulométrie la plus grosse avant de passer à une granulométrie plus fine jusqu'à ce que votre couteau soit correctement aiguisé.

 

Ne rêvons pas, le résultat obtenu ne sera jamais égal à celui d'un fusil ou d'une pierre d'aiguisage. Mais cela peut suffire pour quelqu'un de peu exigeant ou pour des outils assez grossiers comme les outils de jardinnage par exemple. Pour les autres, il vaut mieux se tourner vers d'autres outils.

 

Il existe aussi des modèles soi-disant révolutionnaires et basés sur un système de croix, comme on peut le voir sur le modèle Dealswin ci-dessous, mais qui est reproduit par de nombreuses autres marques. Il suffit de glisser le couteau dans l'angle formé par la croix et de faire aller et venir la lame comme pour un aiguiseur manuel traditionnel.

 

 

L'avantage de ce modèle est qu'il est simplissime d'usage et qu'il s'adapte naturellement à tous les angles de tranchant. Par contre, il n'aiguise qu'avec une seule granulométrie, celle de son X en carbure de tungstène, ce qui limite naturellement la qualité du tranchant obtenu.

 

NB : si vous ne le savez pas encore, tous les couteaux n'ont pas été usiné avec le même tranchant. L'angle du tranchant des couteaux de cuisine japonais est généralement de 30° et celui des autres couteaux entre 36° et 40°, comme l'illustre la figure ci-dessous, que j'ai empruntée à mes amis de "Knives and Tools". Et quand on aiguise un couteau, il vaut mieux respecter son angle de tranchant. Mais j'y reviendrai dans un autre article.

Tranchant japonais

Tranchant européen

 

 

2 - Les aiguiseurs électriques

L'aiguiseur électrique est une évolution de l'aiguiseur manuel. Il a donc a peu près la même compacité (il faut quand même caser le transformateur et le moteur électrique) mais son avantage principal est qu'il est plus rapide que l'aiguiseur manuel. Il suffit de passer le couteau successivement dans les différentes fentes pendant 10 s.

 

Certains modèles, comme le Chef's Choice 1520 peuvent même s'adapter aux angles d'aiguisage de 15° ou 20°. Evidemment, ils sont aussi plus onéreux. Compter plus de 230 € pour un modèle comme le 1520 de Chef's Choice. Et maintenant, vous savez pourquoi le modèle est numéroté 1520.

 

Les résultats obtenus sont similaires à ceux d'un aiguiseur manuel. Réservez donc cet outil aux couteaux de cuisine ordinaires. Personnellement, je pense qu'on peut faire beaucoup mieux pour moins cher, mais avec un peu plus d'huile de coude sans doute.

 

3 - Les fusils d'aiguisage

Le fusil d'aiguisage ressemble plus à une petite épée qu'à un fusil si vous voulez mon avis. Il est composé d'une tige abrasive (la mèche), généralement en acier diamanté ou en céramique et d'un manche en métal comme sur le fusil Global ci-contre, ou en bois voire en plastique.

 

Les fusils en simple acier sont des fusils d'affûtage. C'est à dire qu'ils ne servent qu'à entretenir de manière régulière le tranchant de votre couteau. Un peu comme doit le faire votre boucher.

 

A noter que la mèche de votre fusil devra être au moins aussi longue que la lame de votre couteau, pour garantir un bon résultat. Veillez donc à choisir la bonne longueur de fusil en fonction de vos couteaux.

 

Contrairement aux aiguiseurs manuels ou électriques, le fusil demande une certaine technique et donc un peu d'entrainement. Le célèbre fabriquant Wüsthof vous conseille de démarrer à la verticale, avant de procéder à l'horizontal, comme vous le montre cette vidéo ci-dessous.

 

 

 

Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire (ou nous faire croire), le fusil n'aiguise pas vraiment. Il redresse le fil du couteau simplement. S'il est aussi prisé des chefs cuisiniers et de votre boucher, c'est qu'il permet d'entretenir le tranchant du couteau préalablement aiguisé. En somme, si vous utilisez vos couteaux quotidiennement, il reste important de bien les aiguiser avec les outils adéquats et d'entretenir leur tranchant grâce à un fusil d'aiguisage.


Nous allons donc dans cette seconde partie étudier les outils qui permettent d'aiguiser vraiment les couteaux.

 

SOMMAIRE

1 - Les aiguiseurs manuels

2 - Les aiguiseurs électriques

3 - Les fusils d'aiguisage

4 - Les aiguiseurs guidés

5 - Les pierres à aiguiser

6 - Les meules d'aiguisage et autres machines

 

4 - Les aiguiseurs guidés

Je vous ai parlé de l'importance de l'angle d'aiguisage ? Mais ce qui encore plus important (et c'est le plus difficile), c'est de conserver un angle d'aiguisage constant. C'est pourquoi certains fabricants ont eu l'idée de concevoir des systèmes de guidage. Une sorte de béquille qui nous aiderait à conserver le même angle.

 

Le système le plus abouti est probablement le Wicked Edge Generation 3 Pro, que l'on peut apercevoir ci-dessus et qu'on trouvait encore sur Amazon il y a peu ou sur knivesandtools.fr, pour la modique somme de 1 140 €... Oui vous avez bien lu, c'est juste exorbitant. Ne vous laissez pas impressionner, le système entier tient dans une simple mallette de bricolage.

 

Le système demande un peu de pratique quand même, pour attraper le coup de main. La vidéo ci-dessous (en anglais) vous explique notamment comment trouver le bon angle d'aiguisage avec le bon vieux truc du marqueur (un truc vraiment utile) puis les différents gestes et étapes vous permettant d'aiguiser votre couteau.

 

 

 

Wicked Edge fabrique des systèmes plus légers et moins chers, mais toujours basés sur le même système de bras articulés et les mêmes pierres diamantées propriétaires qui vous lient au même fournisseur pour longtemps.

 

 

Dans les systèmes guidés, on trouvera aussi l'astucieux système de HORL1993, le Horl 2 (pour 2ème version). Le système est composé d'un guide qui permet d'incliner la lame de 15 ou 20° et d'un système rotatif qu'on vient faire rouler le lon de la lame. Il se décline en 3 finitions, le Horl Cruise qui constitue l'entrée de gamme, le Horl 2 et le Horl 2 Pro qui dispose d'un engrenage planétaire qui triple le mouvement de rotation généré par le simple roulement.

 

 

 

 La vidéo promotionnelle vous explique la façon de procéder. C'est simple et efficace.

 

 

 

Horl 1993 propose des accessoires plus ou moins utiles mais je vous recommande les pierres en grain 3000 et 6000 qui vous serviront à polir vos lames japonaises si vous en avez.

 

 

 

Le Horl 2 se vend aux alentours de 140 €, auxquels il faut rajouter 90 € pour les 2 pierres (c'est une option), ce qui est loin du prix du Wicked Edge. Le Horl reste néanmoins plus limité car il ne sait aiguiser que certains types de lames et avec 2 angles fixes uniquement. Néanmoins, la simplicité et l'efficacité du système m'a séduit je l'avoue. Le moindre néophyte peut obtenir d'excellents résultats sans apprentissage.

 

5 - Les pierres à aiguiser

Les pierres à aiguiser (en anglais Whetstone) sont sans doute les outils les plus abordables, les plus efficaces et les plus polyvalentes. Avec des pierres on peut aussi bien aiguiser des outils que des couteaux. Ce sont de loin mes outils préférés (avec le Horl 2).

 

Il existe différentes sortes de pierres. Il y a d'abord les pierres naturelles, comme les pierres belges "Ardennes Coticule" et "Bleue Belge" ou les pierres américaines "Arkansas". Il existe aussi des pierres françaises comme "l'Ariégoise", pierre des Pyrénées destinée à aiguiser les outils comme les haches et sécateurs, ou encore italiennes comme celles utilisées par Opinel.

 

Il existe aussi des pierres sèches (comme celles utilisées par Horl sur ses finitions 3000 et 6000) et des pierres à eau ou à huile. Les pierres à eau sont les plus courantes et les plus efficaces. L'eau permet en effet d'évacuer les résidus de l'aiguisage qui pourraient boucher les pores de la pierre et la rendre inefficace ou rayer la lame et constitue avec les grains de la pierre une boue abrasive qui accélère l'aiguisage.

 

Les pierres les plus renommées sont les pierres japonaises, comme la Kasumi présentée ci-dessus. Mais on trouve aussi d'autres grandes marques comme Kai, Naniwa ou Suehiro. Pour ceux que cela interpellerait, la petite pierre permet de dresser la grosse pierre, c'est à dire d'aplanir la pierre quand celle-ci a été creusée par de trop nombreux aiguisages.

 

Utiliser une pierre d'aiguisage demande un certain temps d'apprentissage voire un temps certain. Avec les pierres, tout est manuel : pas de système de guidage ou de moteur électrique. Il faut donc maîtriser les notions de grains et d'angles d'aiguisage pour adopter les bons gestes. Et cela demandera de toutes les manières de l'entrainement.

 

La granulométrie d'une pierre est similaire à celle du papier de verre. Un gros grain très abrasif va de 100 à 200. Un grain moyen va de 1000 à 3000 tandis qu'un grain très fin ira de 6000 à 12000. Il faut donc pouvoir disposer de plusieurs grains et donc de plusieurs pierres. Achetez des pierres doubles faces. Cela vous permettra d'une part de disposer de 2 grains avec une seule pierre et d'autre part de faire baisser le prix de la pierre qui a tendance à monter avec le grain.

 

Attention, certaines pierres bon marché comme les Shan Zu affichent de belles granulométries (3000 par exemple) alors que leur granulométrie réelle est bien inférieure (de l'ordre de 800 pour une 3000).

 

Le tableau suivant vous donne les ordres de grandeurs des grains à utiliser :

 

Etat du couteau / Dureté de l'acier Grain recommandé
Couteau ébréché : le tranchant est abimé et on voit les irrégularités à l'œil nu Grain 100 à 220
Couteau émoussé : le couteau ne coupe plus même si on ne distingue pas d'irrégularité à l'œil nu Grain 200 à 800 en fonction de la dureté de l'acier

Couteau tranchant nécessitant un entretien régulier

  • Acier "mou" : HRC ~53 (qualité correcte)
  • Acier "dur" : 53 < HRC < 56 (le plus classique)
  • Acier "dur" : 56 < HRC < 60 (qualité pro)
  • Acier "très dur" : 60 < HRC < 62 (japonais type VG10)
  • Acier "très dur" : 63 < HRC > 66 (fragiles)

 

  • Grain 400 à 800
  • Grain 800 à 1000
  • Grain 1000 à 3000
  • Grain 3000 à 8000
  • Grain 8000 à 12000

 

Pour la part, je commence par un grain de 1000, avant de passer au 3000 puis 8000 pour mes meilleurs couteaux (des Kasumi Masterpiece).

 

Et je me suis beaucoup inspiré de "Fandecouteaux" et de son fameux tutoriel. On y retrouve le fameux truc du marqueur qui permet de déterminer l'angle du marqueur.

 

 

 

Pour émorfiler les couteaux (c'est à dire enlever le morfil) et si vous êtes un perfectionniste comme "fandecouteaux", vous pouvez utiliser un cuir et une pâte à polir, comme ceux de Kai, présenté ci-dessous.

 

 

 

6 - Les meules d'aiguisage et autres merveilleuses machines

Les meules d'aiguisage sont sans doute les outils les plus efficaces mais ils sont réservés aux professionnels ou semi-professionnels. Car la moindre erreur sur ce genre d'outil est amplifiée par le mouvement continu de la meule et se paie cash. Et leur prix est souvent dissuasif.

 

Une des références en la matière est le Tormek T-4 et son grand frère le Tormek T-8, vendus aux alentours de 375 € et 615 € respectivement. Ça pique un peu mais on est encore loin du Wicked Edge et on est dans les eaux des pierres japonaises de qualité. La Tormek, machine suédoise et non allemande, est composée d'une meule refroidie par eau et d'un disque de cuir pour l'émorfilage. La meule d'origine SG-250 possède un grain de 220. Mais on peut polir la meule avec le prépare-meule (la petite pierre foncée que vous voyez à droite de la photo) pour obtenir un grain de 1000. Tormek propose également une pierre japonaise SJ-250 (près de 300 € quand même) avec un grain de 4000.

 

Tormek T4

Pierre japonaise

 

 

Pour ceux et celles que cela intéresse, Tormek propose des tutoriels qui sont très bien faits et qui sont de plus en français.

 

 

 

 

 

Dans cette catégorie, je range également les machines à bande, telle que la Work sharp Ken Onion, illustrée ci-dessous et qui se vend aux alentours de 250 €. C'est une machine composée d'un moteur électrique entrainant la rotation d'une bande abrasive. La vitesse de rotation est réglable, mais elle reste bien supérieure à celle du Tormek, ce qui accélère le travail (ou les dégats) du rémouleur.

 

La machine est équipée de 2 guides en plastique noir de part et d'autre de la bande et qui permettent de conserver un angle constant d'aiguisage. Une petite molette située de l'autre coté de l'appareil permet de régler l'angle d'aiguisage au préalable. Il suffit ensuite de faire glisser le couteau le long du guide. C'est beaucoup plus simple que le système de Wicked Edge, de Tormek ou que les pierres à aiguiser, même s'il y a comme toujours un petit coup de main à attraper.

 

 

 

 

 

Le Work Sharp Ken Onion

Le Ken Onion et son extension

 

L'avantage mais aussi inconvénient de ce genre de machine réside dans la flexibilité de sa bande. Elle n'est pas rigide contrairement à la pierre de meule. Du coup, elle s'adapte naturellement à des émoutures convexes mais va aussi arrondir vos tranchants en V. Ce n'est pas gênant tant que vous utilisez la même machine. Mais si vous repassez à un aiguisage sur pierre, il faudra passer un certain temps à refaire le V.

 

Tous les couteaux ne passent pas non plus dans les guides et il est alors nécessaire d'acquérir l'accessoire "Blade Grinding Attachment" vendu pour la modique somme de 110 €...

 

L'usage de la machine et de son extension (optionelle) est commenté par "FandeCouteaux" (encore lui) dans la vidéo ci-après. A noter que comme pour la meule d'aiguisage, ce genre de machine peut faire des dégats très rapidement. Vous pourrez d'ailleurs le constater dans la vidéo.

 

 

 

7 - En conclusion

Pour celles et ceux que j'aurais convaincu d'utiliser des pierres à aiguiser, je traite de l'angle d'aiguisage et de l'émorfilage de manière plus complète dans un article sur l'aiguisage des couteaux. Sinon, j'espère  vous avoir éclairer sur les différents outils possibles, ceux à éviter (les aiguiseurs manuels autant que faire se peut), les limites de certains (les fusils qui ne font qu'entretenir) et les avantages des autres (le Horl notamment).

 

N'hésitez pas à laisser vos commentaires, que vous soyez d'accord ou pas, c'est fait pour cela.


27/06/2021
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Machine à expresso : buse à café bouchée


 

 

Paris, le 12 janvier 2019

 

Ma machine à café, une Jura Impressa F55 Classic, donne aujourd'hui quelques signes d'inquiétude. Alors qu'elle avait été jusque là d'une régularité digne d'un métronome suisse. Il faut dire que Jura, ça vient d'Helvétie. Son symptôme : une des deux buses à café est bouchée et ne laisse passer qu'un petit filet de café.

 

Notez bien qu'il s'agit là d'un cas très différent de celui où plus rien ne coule. Là, c'est plus grave. La machine est soit bouchée par le tartre, soit la pompe à eau est hors-service. Il vaut mieux dans ce cas tenter un détartrage de la denière chance avant d'aller consulter le SAV.

 

Dans mon cas, il semble que ce soit juste une des buses de sortie qui sot encombrée. Entendons-nous bien, je parle d'une des 2 buses à café, et non de la buse à faire le cappuccino, située à droite sur ma machine.

 

 



 

J'ai immédiatement forcé le rinçage des buses ; mais cela n'a rien donné.

 

J'ai envisagé le détartrage : mais en consultant la documentation, je me suis aperçu que cela ne concernant que le mécanisme interne de la machine et que l'eau était ensuite évacuée via la buse à cappuccino. En aucun cas un détartrage n'aurait donc pu déboucher la buse à café. De plus, j'ai une cartouche filtrante Claris Blue qui élimine le tartre, donc il y avait peu de chance que ce soit dû au calcaire.

 

Restait le nettoyage. C'est un entretien qui est normalement fait pour éliminer toutes les impuretés qui se trouvent dans les circuits, et notamment dans les buses. J'ai donc lancé le processus, confiant dans son résultat. Las ! La situation n'a fait qu'empiré : la buse qui laissait passer un petit filet d'eau ne laisse désormais plus rien passer. Il semblerait que l'impureté s'est déplacée et obstrue maintenant toute la buse.

 

Rinçage, détartrage, nettoyage, j'avais épuisé les procédures du parfait petit jurassien. J'ai donc en désespoir de cause jeté un oeil aux forums mais là encore pas de miracle. Et puis je suis tombé sur un truc intéressant. 

 

Il suffit de positionner le flexible de la pompe à vélo sur la buse qui ne coule pas et de souffler plusieurs fois afin que l'air expulsé débouche la buse. Inutile de démonter quoi que ce soit, mais il vaut mieux être deux pour cette opération. Il faut en effet maintenir le flexible de la pompte à vélo contre la bus, et cela nécessite au moins une main, et pomper en même temps, ce qui nécessite aussi deux mains.

 

La pression de l'air générée par la pompe à vélo permet de chasser les impuretés qui obstruent la buse ! Simple mais il fallait y penser. Et je ne doute pas que ce petit truc puisse marcher pour de nombreux modèles, autres que les Jura. Car ma pompe à vélo n'est pas de la marque Jura voyez-vous...

Clin d'œil

 

Voilà, il ne me restait plus qu'à relancer un nettoyage complet pour que ma buse retrouve tout son allant.

 

 

Allez, à la votre, moi je fais me refaire un petit kawa.

 

 


12/01/2019
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Comment retirer une tige de montre

 

Si vous avez une montre à quartz (et je ne peux que vous féliciter de votre choix), vous savez que tous les 2 ans, il vous faut changer la pile bouton de votre précieux instrument. Pendant longtemps, j'ai fait confiance à mon horloger, avant de passer chez Montre Servie, le spécialiste de ce genre d'opération. Sauf qu'en comparant le prix des piles boutons (à peine quelques euros pour plusieurs piles) et les prix pratiqués par Montre Service (15 fois plus cher quand même), je me suis vite aperçu que je me faisais voler.

 

J'ai donc acheté un outil pour démonter ma montre à fond vissé (je vous recommande quelques sites dans un de mes articles sur les bracelets) et mes propres piles. ROI assuré en 2 ans avec les montres de toute la famille. Mais sur la montre de mon fils, le changement de pile s'est avéré plus compliqué. Car pour y accéder, il fallait retirer le mouvement (le mécanisme de la montre en gros) du boitier. Sauf que pour retirer le mouvement, il faut retirer la tige de remontoir... Chose en fait très simple si on sait comment s'y prendre.

 

La tige de remontoir

La tige de remontoir est une tige qui relie la couronne d'une montre à son mécanisme. Sa fonction première était de permettre de remonter la montre (sinon elle s'arrêtait). Elle sert surtout de nos jours à régler l'heure ou à la date, les montres étant soit équipées de piles boutons, soit à remontage automatique

 

Pour retirer une tige, il faut bien sûr pouvoir ouvrir la montre grâce à l'outil adéquat, mais aussi :

  • être équipé d'un outil chasse-goupille avec une pointe de 0,8 mm. On en trouve chez Esprit Nato par exemple.

  • avoir de bon yeux

 

Je vous donne ici la manipulation à faire pour une montre à quartz, mais elle vaut aussi à quelques détails prêts pour une montre automatique. Vous pouvez vous référer au petit tutoriel Youtube en fin d'article.

 

Ouvrez le fond de votre montre. Cela doit ressembler à quelque chose comme cela.

 

 

Situé à proximité de la tige de remontoir, vous devez repérer un petit trou signalé par une flèche. Oui, c'est à cette étape qu'il faut avoir de bons yeux. Sur la photo ci-dessus, on la distingue bien. La pile est à "midi", à moitié cachée par la languette blanche. La tige de remontoir est à 9H, en dehors du cadre. On aperçoit vers 10H00 un trou et une flèche qui pointe vers ce trou.

 

Si vous ne la voyez pas, regarder cet agrandissement.

 

 

 

Maintenant, il suffit d'insérer le chasse-goupille dans ce trou (c'est tout petit), d'appuyer fermement et de tirer sur la tige de remontoir en même temps. La tige doit venir toute seule. Attention, si votre montre est étanche, il se peut que votre tige soit vissée. Il faut donc au préalable dévisser le bouton de la tige avant de tirer dessus (mais comme vous le faites pour régler la date ou l'heure de votre montre).

 

Pour remettre la tige, il suffit de procéder de la manière inverse. Exercez, toujours avec le chasse-goupille, une pression et insérez la tige dans son logement.

 

Vous voyez, c'est vraiment simple...

 

Le tutoriel Youtube

Il en existe plein, mais c'est celui-là qui m'a tout appris...

 


01/09/2018
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Batteries et Chargeurs


 

Les batteries ! Quelque chose d'encore banale au 20ème siècle mais qui est aujourd'hui devenu indispensable voire vitale ; on les retrouve en effet partout : dans nos véhicules (à moteur thermique ou électrique, que ce soit les voitures, scooter, vélo, trottinette et autre solo-wheel), dans nos téléphones, nos montres, nos objets connectés, dans nos jouets, nos télécommandes, nos claviers et souris d'ordinateurs, nos appareils photos et caméras, dans nos outils électriques portatifs...Bref, les batteries sont aujourd'hui un peu partout. On en trouve aussi dans les drones, ces drôles d'engins volants qui remplaceront bientôt le postier, et dans les répliques d'airsoft, ces répliques d'armes qui permettent aux jeunes de jouer à la guerre sans se tuer. Et pour ce genre d'usage, il est important de disposer d'une importante puissance tout en restant léger.

 

En termes de technologies, nous connaissons tous  :

  • Les batteries au plomb (Pb) que l’on trouve bien sûr dans toutes les automobiles et motos et qu’on utilise aussi en robotique pour sa facilité d’utilisation

  • Les batteries Nickel Cadmium (Ni-Cd) et Nickel Métal Hydrure (Ni-MH) qui équipent nos baladeurs de musique, les voitures radiocommandées, etc.

 

Les technologies NiCd et NiMh souffrent d’un important déchargement quand elles ne sont pas utilisées. Les batteries NiCd perdent typiquement 1% de leur charge par jour tandis que les NiMH perdent de 5 à 20 % de leur charge le premier jour et 1 à 4 % par jour, les jours suivants. C'est leur principal inconvénient. Et c'est pourquoi on a mis au point les batteries au Lithium.

 

Les Batteries au Lithium

L’accumulateur au Lithium est celui qui offre la plus forte énergie spécifique (rapport énergie/masse) et la plus grande densité d’énergie (rapport énergie/volume). C'est donc intéressant quand on veut rester léger (comme pour l'aéromodélisme) et qu'on a peu de place (typiquement les jouets et les répliques d'airsoft). A titre d'exemple, l'astromobile Opportunity, qui a exploré la planète Mars, possédait une batterie au Lithium (au Lithium-Ion pour être précis) rechargeable grâce à ses panneaux solaires.

 

Il existe à ce jour trois grandes catégories de batteries au Lithium : Les Lithium-ion, les Lithium-métal et les Lithium Polymères.

  • Les Lithium-ion ou Li-Ion : le lithium reste à l'état ionique grâce à l'utilisation d'un composé d'insertion tant du côté de l'électrode négative (l'anode, généralement en graphite) que de l'électrode positive (la cathode, en dioxyde de cobalt, manganèse, phosphate de fer).

  • Les Lithium-métal comme les Lithium-Fer (LiFe) ou plus rarement les Lithium-Manganèse (LiMn) : Ce sont des batteries similaires aux batteries Li-Ion mais l'électrode positive (la cathode) est constituée de lithium fer phosphate (LiFePO4)

  • Les Lithium-Polymères ou LiPo : ce sont des accumulateurs qui fonctionnent sur le même principe que les Lithium-ion, mais l'électrolyte (le liquide conducteur dans lequel baigne les électrodes) est un polymère gélifié. On trouve aussi des LiPo High Voltage, qu'on nomme LiHV de manière un peu abusive.

  • NB : on trouve aussi des batteries au Lithium Métal Polymère LMP qui combinent les 2 technologies, des batteries au Lithium-Air, etc. Je vous renvoie sur Wikipédia pour la liste exhaustive des batteries au Lithium.

 

Les batteries LiFe (ou LiMn) :

  • Sont peu polluantes (elle ne contiennent pas de métaux toxiques tels que le cobalt)

  • Sont solides (forme cylindrique classique des piles avec une enveloppe en métal)

  • Sont sécurisés : un accumulateur LiFe ne prend pas feu, n'explose pas, supporte les décharges profondes, voire les surcharges.

  • Ont théoriquement des capacité de charge et de décharge élevés voire très élevés (c'est à dire qu'elles acceptent une charge ou décharge avec un courant important)

  • Acceptent les charges à chaud

  • Ont une durée de vie calendaire élevée (de 4 à 5 ans...)

  • Ont une durée de vie en nombres de cycle de charge très élevée ( supérieur à 1000 ou 2000 cycles selon la qualité de la batterie)

  • Ont une résistance interne qui diminue avec le temps
    mais...

  • Ont une moins bonne densité énergétique que les LiPo : elles sont en effet beaucoup plus lourdes

  • Ont un voltage par cellule plus faible que les LiPo

 

Les batteries LiPo :

  • Ont une enveloppe souple et aussi plus légère  : comme l'électrolyte est sous forme de gel, il ne coule pas, et on peut donc s'affranchir de la lourde enveloppe de métal traditionnelle des piles. Les batteries LiPo sont donc plus légères et peuvent adopter des formes plus variées.

  • Ont une densité énergétique plus élevée que les Li-ion (et ce n'est pas que grâce au gain de poids de l'enveloppe)
    mais...

  • Sont plus chères que les Li-ion.

  • Sont plus complexes à charger : la charge est soumise à des règles strictes sous peine de risque d'inflammation.

  • Ont une durée de vie en termes de cycles de charge moins élevée que celle des LiFe (de 100 à 200 cycles en moins en général)

  • Sont moins sures que les Li-ion (moins résistantes à la surcharge et aux fuites d'électrolytes) : chaque élément composant la batterie (un élément = une pile) ne doit pas dépasser la tension maximale, sinon la batterie gonfle avec des risques d'incendie voire d'explosion) ni la tension minimale ( environ 2,7 V ), au risque de causer des dommages irréversibles.

 

Dit comme cela, on aurait tendance à privilégier l'usage des LiFe ou des Li-Ions mais de fait, les facteurs poids et volume sont parfois primordiaux. C'est notamment le cas dans le modélisme et l'aéromodélisme. Les batteries LiPo sont alors sans rivales. Et chargées correctement, elles ne présentent aucun danger particulier. Il faut simplement bien savoir les charger. Et c'est tout l'objet de ce billet : bien comprendre à quelle batterie Lithium on a affaire et ainsi bien la charger et bien l'entretenir.

 

Reconnaitre les différentes batteries LiPo

Les batteries LiPo existent sous toutes les formes et avec différentes puissances. Les batteries les plus répandues ressemblent à çà :

 


 

 

 

 

 

Les principaux composants d'une LiPo sont représentés ici, dans une vue éclatée. Vous noterez la présence du connecteur JST/XH blanc, qui permet d'équilibrer la charge de batterie (nous y reviendrons).

 

La principale caractéristique d'un accumulateur LiPo est son voltage. Il est donné par le nombre de cellules (ou pile dit plus simplement) qui sont montés en série dans la batterie. Chaque cellule donne en effet 3,7 V. Une batterie à une cellule aura donc une tension de 3,7V, deux cellules donneront 7,4V, trois cellules 11,1V, et ainsi de suite. Votre appareil électrique étant conçu pour fonctionner sous un certain voltage (par exemple 7,4V), il faut donc choisir la batterie LiPo correspondante (2 cellules pour 7,4V).

 

 

La seconde (par ordre d'importance) caractéristique d'une batterie LiPo est sa capacité, exprimé en mAh (milli Ampère heures) ; Par définition il s'agit de la quantité d'électricité traversant la section d'un conducteur parcouru par un courant d'intensité de 1 ampère pendant 1 heure. Sur notre photo précédente, la batterie a une capacité de 3300 mAh. Elle peut ainsi délivrer au plus 3 300 mA en 1 heure, ou 1 650 mA en 2 heures, etc. La capacité représente donc grosso-modo l'autonomie de votre accumulateur. Une capacité en milli ampères plus élevée (2000, 3600 et ainsi de suite) équivaut à une autonomie plus importante, la consommation de votre appareil électrique étant généralement constante.

 

La troisième caractéristique d'une batterie LiPo est sa capacité de décharge, exprimé en fonction de sa capacité C. Cela correspond au courant que votre batterie est capable de fournir.  Une batterie de 30C (comme ci-dessous) avec une capacité nominale de 1500 mAh aura donc une capacité de décharge de 30 * 1500 mA = 45 Ampères. Plus cette valeur est élevée et plus votre accumulateur sera capable d'accepter de forts courants de décharge sans risquer d'être endommagé (comme par exemple pour les flashs photos). Malheureusement, les mesures de capacités de décharge n'étant pas normalisées, les chiffres annoncés par les fabricants de batteries sont parfois un peu fantaisistes. Il vaut donc mieux calculer large (c'est à dire minorer les chiffres annoncés de 25%) et étalonner vos batteries en fonction de leurs marques respectives et non pas entre marques différentes.

 

Cette capacité de décharge doit naturellement être en adéquation avec votre équipement électrique, c'est à dire supérieure à ce que votre équipement électrique va demander en fonctionnement. Comme pour le voltage, ce point est généralement précisé par le constructeur dudit équipement.

 

On peut ainsi lire ces 3 caractéristiques sur la batterie comme on le voit sur la figure ci-dessous.

 

 



J'oubliais un petit détail. Comme on le voit sur l'image précédente, on a aussi une notion de cellules en série (ce qui donne le voltage de la batterie) mais aussi une notion de cellule en parallèle (ce qui donne l'intensité du courant). La figure ci-dessous montre une batterie de 7,4 V et de 5000 mAh, composée de 2 éléments de 3,7V et 5000 mAh en série. On peut obtenir les mêmes caractéristiques avec 2 cellules de 3,7 V mais de 25000 mAh, montées en série, branchées en parallèle à 2 autres cellules en série. Si les cellules avaient été de 5000mAh, on aurait obtenu une batterie à 10.000 mAh ! L'intérêt de monter des éléments en série est donc de pouvoir obtenir des voltages importants, tandis que le montage en parallèle procurera des capacités plus importantes.

 

 

Maintenant que les caractéristiques d"une batterie LiPo n'ont plus de secret pour vous, nous pouvons passer au vif de notre sujet, à savoir comment charger et entretenir sa batterie LiPo.

 

Charger une batterie LiPo

Dans une batterie lithium-polymère, chaque cellule a une tension nominale de 3,7 V :

  • Une cellule bien chargée a une tension supérieure à 4,1 V (généralement 4,2 V mais pas au delà) ;

  • Une cellule à 3 V doit être rechargée ;

  • Une cellule sous 2,7 V est totalement déchargée ou en mauvais état et n'est souvent plus rechargeable.

 

La charge doit normalement être réalisée élément par élément, dans le cas d'éléments branchés en série. Elle se déroule en 2 étapes : on commence par charger à courant constant (en général 1 fois la Capacité, puis une fois la tension limite atteinte (généralement 4,2 V), on réduit l'intensité de charge pour assurer une tension constante. Quand l'intensité est devenu très faible (1/10ème à 1/15ème de la Capacité), le processus de charge s'arrête.

 

Dan les faits, la charge ne se fait pas éléments par éléments, mais est réalisé en série, grâce à un circuit appelé équilibreur qui contrôle le non-dépassement de la tension limite pour chacun des éléments. Pourquoi a-t-on besoin de cet équilibreur ? Et bien imaginons que vous branchiez votre batterie composée de plusieurs éléments à votre chargeur, sans équilibreur. Votre chargeur n'aura qu'une obsession, monter votre pack d'accumulateurs à la tension de charge complète soit 4.2v pour une seule cellule ou 12.6v pour 3 cellules. Si un des éléments est "plus faible" que les deux autres, il se "videra" plus vite (tension plus basse). A la recharge, les deux autres "prendront" un peu plus de tension (car partent de plus haut), mais la recharge stoppera quand la tension sera de 12,6V au total. Ce qui fait qu'à chaque cycle de recharge,  "l'écart" se creuse jusqu'à atteindre des valeurs critiques : vers le haut pour les éléments les plus forts, et vers le bas pour les éléments les plus faibles.

 

Prenons un exemple, ce sera plus parlant, avec une batterie de 11.1V (3 cellules), qui après une longue journée de jeu présente les voltages suivants :

  • Cellule 1 : 3.0V

  • Cellule 2 : 3.7V

  • Cellule 3 : 3.1V


Le chargeur lira la tension de la batterie : 3.1V + 3.6V + 3.1V =  9.8V


Si on n'utilise pas d'équilibreur, on charge avec une quantité égale d'électricité chaque cellule jusqu'à obtenir 12.6V et on se retrouve donc avec les valeurs suivantes :

  • Cellule 1 : 4.0V

  • Cellule 2 : 4.5V

  • Cellule 3 : 4.1V

 

On a atteint le seuil critique de 4,5V pour la cellule 2 ! Il faut donc veiller à ce que les éléments soient tous à la même tension, et c'est le rôle de l'équilibreur.

 

Comme vous pouvez le constater, la charge d'une batterie LiPo n'est pas un processus simple. Il vaut donc mieux utiliser un bon chargeur de batterie plutôt qu'un chargeur pas cher qui abimera trop rapidement vos chères (dans tous les sens du terme) batteries.

 

Les chargeurs de batterie

Évidemment, il existe quantité de chargeurs de qualité. Et mon propos n'est pas de vous faire un panorama de tout ce qui existe. Je vais donc prendre ici 'exemple d'un bon chargeur professionnel et qui a l'avantage de n'être pas très cher, je veux parler du fameux SKYRC imax B6 mini. Il ne coûte en effet que 40 €, auxquels il faudra néanmoins rajouter le prix de l'alimentation car il est livré sans, et de quelques câbles et connectiques assorties pour brancher votre batterie, soit une vingtaine d'euros en plus. Mais avec cela, vous pourrez charger/décharger les types de batteries les plus courants, Plomb, NiCd, NiMh, Li-ion, LiPo, etc et d'équilibrer les batteries Lithium (de 1 à 6 cellules). Le imax B6 mini peut être raccordé à un PC pour visualiser les données de charge et mettre à jour le firmware du chargeur (il faut utiliser l'application Charge Master pour les 2 fonctions). Encore plus ! Le B6 Mini a une fonction voltmètre et il peut calculer la résistance interne des batteries.


Ce petit chargeur a quelques défauts ; le manuel qui vient avec est relativement succinct. Il vous explique comment naviguer dans les différents écrans permettant de paramétrer votre charge en fonction de votre batterie, mais il n'explique à aucun moment les significations de ces paramètres. Il faut donc se débrouiller par soi-même. Il a également été victime de son succès : beaucoup de mauvaises copies de ce chargeurs circulent en toute impunité : la plupart des commerçants qui distribuent ces copies restent d'ailleurs dans l'ambiguïté puisqu'ils n'affichent pas clairement qu'il s'agit d'une copie. Mais si vous leur posez la question, ils finissent par vous avouer l'origine de leur batterie. Bref, il faut faire attention à ce que vous achetez et à quel prix.

 

Le câble de sortie par défaut est fourni avec un embout en T (prise Dean Large). SkyRC fournit tout un tas d'adaptateurs pour passer de la prise en T à un format qui convient à la batterie, mais manque de pot, ne fournit aucun adaptateur Tamiya, que ce soit large ou mini. Il faut donc s'en procurer par ailleurs. La photo ci-dessous montre une batterie LiPo avec prise Dean large raccordée au chargeur et à la prise d'équilibrage.

 

 

Il faut d'abord apprivoiser le système de menu, assez frustre mais finalement simple, une fois qu'on a compris le principe. Le paramétrage du chargeur se fait en effet via des menus et des sous-menus. L'appareil comprend 4 boutons :

  • Le premier sert à faire défiler vers la gauche les menus principaux (quand est au 1er niveau donc),  ou à revenir au menu précédent (quand on est entré dans un sous-menu) ou à  stopper une charge

  • Le deuxième permet, dans un menu, de faire défiler vers la gauche les sous menus, ou de décrémenter les valeurs sélectionnées

  • Le troisième permet de faire défiler les menus et sous menus vers la droite, ou d'incrémenter les valeurs sélectionnées

  • Le dernier sert à entrer dans un menu ou un sous menu, et de sélectionner les valeurs à modifier.

 

Pour charger une batterie LiPo, il suffit de :

  1. Sélectionner le menu correspondant au type de batterie, en l'occurrence ici une LiPo

  2. Dans le menu correspondant à ce type de batterie :

    1. Sélectionner l'intensité du courant. Nous avons vu qu'une batterie LiPo se chargeait communément entre 1 et 3C, C étant sa capacité, exprimé en mAh. Pour une première charge, il vaut mieux se contenter d'un courant de 1C. Si votre batterie a une capacité de 1500 mAh, réglez votre courant de charge sur 1,5A. Par la suite, vous pourrez monter à des courants de 4,5A (3C), notamment en mode charge rapide.

    2. Sélectionner ensuite le voltage de la batterie à charger (ou le nombre de cellules montées en série). C'est assez facile, c'est écrit sur la batterie. Une 7,4 V correspond à 2 cellules en série. Il faut donc valider 2 cellules.

  3. Déclenchez ensuite la charge. Le chargeur vérifie les données saisies (notamment le nombre de cellule) et vous demandera de corriger s'il détecte une valeur différente de celle que vous avez saisie.

  4. Le imax B6 mini signale la fin de la charge par un bip. Il vous faudra alors simplement débrancher votre batterie.

  5. Laisser au moins 30 mn entre deux charges, si jamais cela vous prend de vouloir recharger tout de suite.

 

NB 1 : Avant de charger votre batterie LiPo, assurez-vous que cette dernière ne se soit pas dans un état critique (Voltage inférieur à 2,7 V). Si c'était le cas, il vaut mieux neutraliser votre batterie (voir plus bas) plutôt que de risquer un accident en tentant de la charger. Pour cela, branchez votre batterie (y compris le cordon d'équilibrage de charge). Puis naviguez dans les menus principaux jusqu'au menu "BATT METER". Entrez dans le menu pour déclencher la mesure.

 

NB 2 : Il existe une minuterie de sécurité, qui permet de limiter la durée de la charge, à l'issue de laquelle le chargeur imax B6 mini coupera de lui-même la charge en cours. Elle est par défaut réglée à 120 mn (2 heures), ce qui peut parfois être trop court, surtout quand votre batterie est à plat. Pour changer cette minuterie, il suffit de naviguer dans les menus principaux jusqu'à "SYSTEM SETTING". Le premier item de ce menu est le "Safety Timer", qu'il suffit de modifier si 2 heures ne suffisaient pas.

 

Pour charger une batterie Ni-Mh, on suit globalement la même procédure sauf qu'il n'y a pas de notion d'équilibrage. On charge tout bêtement tous les éléments.

  1. Sélectionner le menu correspondant au type de batterie, en l'occurrence ici une Ni-Mh

  2. Dans le menu correspondant à ce type de batterie : sélectionner l'intensité du courant en mode auto(matiqe). En mode auto, le chargeur détectera de lui-même les conditions de la batterie à charger et s'adaptera en conséquence. Il suffit simplement de fixer l'intensité du courant maximale. Une batterie Ni-Mh se charge communément à 1C, C étant sa capacité, exprimé en mAh. Si votre batterie a une capacité de 1500 mAh, réglez votre courant de charge maximal sur 1,5A.

  3. Déclenchez ensuite la charge, qui s'arrêtera automatiquement. Il vous faudra alors débrancher votre batterie.

 

NB 1 : Pour une batterie LiPo, la charge s'arrête quand la tension maximale est devenue stable. Pour une Ni-Mh (ou Ni-Cd), le chargeur travaille avec ce qu'on appelle le "Delta Peak". Sans entrer dans de sombres détails techniques, le chargeur mesure le voltage de la batterie tout en envoyant des impulsions de courants, et mesure la voltage également entre ces impulsions, puis fait la différence. Si elle est inférieur au Delta Peak donné, le chargeur considère la batterie comme chargée. Il est possible de modifier le Delta Peak des Ni-Mh à partir du menu "SYSTEM SETTING". Il est de 4 mV par cellule, et on peut le faire varier de 5 à 15 mV par cellule. Par défaut le Delta Peak est donc au minimum et c'est normalement comme cela que vous obtenez la meilleure sensibilité de détection de fin de charge.

 

NB 2 : une batterie Ni-Mh est composée de plusieurs cellules, et si elles ne sont pas équilibrées en capacité, alors le signal de fin de charge sera brouillé par les cellules chargées. Pour équilibrer les cellules, on charge et décharge donc les cellules plusieurs fois dans ce qu'on appelle des cycles. Et comme les NiMH supportent parfaitement les petites surcharges (inférieurs à 1C/10), les autres cellules pourront êtres équilibrées lors de la fin de charge.

 

Stocker vos batteries LiPo

Si vous prévoyez de ne pas utiliser vos accumulateurs LiPo durant une longue période, rangez-les chargés à 40-50% de leur capacité. Assurez-vous de d'équilibrer vos accumulateurs au moins une fois par mois car les laisser inactifs durant une période prolongée peut les déséquilibrer sérieusement et les rendre inutilisables. La température de stockage devra être comprise entre 5 et 50 °C. La batterie pourra alors être conservée en état de marche pendant plusieurs mois.

 

Neutraliser vos batteries LiPo

Il arrive qu'une batterie LiPo gonfle et devienne inutilisable. Elles gonflent lorsque l'on a chargé de manière trop importante un élément (avec un courant trop fort genre 4 ou 5C), ou dépassé le voltage maximal d'un élément, mais aussi lorsqu'on a trop tiré sur la batterie et qu'elle s'est totalement déchargée. Il faut alors la neutraliser avant de la recycler ou la jeter.

 

  • La décharger avec la fonction décharge de votre chargeur

  • Faites ainsi chuter la tension jusqu’à 2.5 v.

  • Surveillez la température pendant la décharge ! Si elle monte trop et devient brulante (l'imax B6 mini possède une sonde de températures en option, sinon touchez du doigt), laissez refroidir

  • Une fois les 2.5 v atteints

  • Préparez un récipient en plastique (ou dans tout autre matériau non conducteur) contenant assez d’eau pour recouvrir la lipo quand vous la plongerez dedans

  • Ajoutez du sel

  • Diluez le sel au maximum

  • Laissez tremper 24H puis vérifiez la tension qui a normalement du tomber à zéro grâce à ce procédé. Sinon retour dans le bain.

  • Recyclez-la dans un bac approprié, un bac de collecte de piles par exemple.

 

Avec toutes ces informations, vous n'avez maintenant plus aucune excuse pour mettre vos batteries dans le rouge...

 

 


08/01/2017
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